______________________ Bonjour , Bonsoir , Bonne nuit , Merci , Au revoir.


UNE FICTION.ICI MAINTENANT.



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# Posté le lundi 07 juillet 2008 05:25
Modifié le samedi 30 août 2008 17:37

Première page.

3 Juillet.16H44.

_____Les camions de déménagements suivis d'une Audi bleue entrèrent dans la rue vide, écrasés par la chaleur. Tous les volets étaient fermés, les jardins desséchés. « C'est déprimant ». Ils allèrent jusqu'au bout de la rue, vers une grande bâtisse de vieille pierre, envahis par la vigne. Encore une folie de Marie et Alex, les parents de Karence. Déménager dans un petit faubourg dans le sud de la France. Ils ne se refusaient rien. Ils pouvaient ne rien se refuser. Alex travaille dans une puissante entreprise que Karence ne cerne pas très bien, tandis que sa mère perce dans le journalisme. Ils sont souvent absents. « Je vais encore devoir apprivoiser cette maison ... Seule .... ». Les parents de Karence ne se refusent donc rien. Y compris le fait d'arracher leur fille à son petit bonheur en Lozère. Ses amis, ses coins favoris, les soirées au cabanon, sa troupe de théâtre, David ... Envolés.


_____Elle sortit de sa torpeur aux claquements des portières et aux « Allez ! Viens visiter, c'est un paradis ! » de ces parents. Elle sortie de la voiture climatisée. La légère brise souleva ses cheveux à peines retenus par une vieille barrette. Karence est belle. Elle a les cheveux naturellement chataîn clair mais elle a adopté un magnifique blond presque blanc qui fait ressortir ses jolis yeux en amandes.Bleus marines aux reflets verts. Un nez légèrement en trompette. Une bouche ourlée qui avait fait chavirer bien des c½urs. Des tâches de rousseur. Une fossette sur la joue gauche que David aimait tant caresser. Elle détacha ses cheveux légèrement ondulés. Ils lui tombèrent sous les omoplates. Elle portait un long T-shirt un peu échancré, dévoilant un joli décolleté. Son short en vieux jean mettait en valeur ses longues jambes fuselées que des années de natation avaient façonnées.

_____Elle poussa le portail grinçant a la peinture verte amande décrépie.Elle traversa le jardin en friche, avec un arbre centenaire au fond. Bizarrement, c'était la seule chose qui avait l'air sympathique ici. Karence ne comprenait pas pourquoi, mais cet arbre lui plaisait. Elle ne s'attarda pas et se dirigea vers la maison. Elle était imposante , froide. Karence sentit sa respiration s'accelerer autant que son pouls et les larmes lui monter aux yeux. « J'en ai assez. Pas encore. ». Karence detestait démenager. La vingtaine de demenagement qu'elle avait subi l'avait rendue aussi étrange qu'un chat sauvage. Elle pouvait être agressive et renfermée, boudeuse , mélancolique , mais aussi rieuse , enjouée , débordante d'énergie , attirante. David l'aimais pour tout ça...


_____La maison avait l'air grande de l'extérieure, à l'intérieur c'était un vrai labyrinthe. Des pièces immenses se succédaient aux pièces ... Immenses. Marie et Alex couraient partout en hurlant leurs idées novatrices. C'était pareil à chaque fois. « Gamins ... » siffla Karence. Elle ne visitait pas toutes les pièces. Elle ouvrait des portes au hasard, puis les refermais de suite. Soudain, elle ouvrit une porte, mais ne la referma pas. Elle avait découvert une pièce au fond d'un couloir. Ni trop grande, ni trop petite. Une fenêtre en face de la porte, donna tune magnifique perspective sur le jardin. Cette pièce lui plaisait : même la porte lui plaisait. « Bien. Ca sera ma chambre. » La pièce lui renvoya l'écho. Elle sourit.
# Posté le lundi 07 juillet 2008 13:22
Modifié le jeudi 07 août 2008 15:53

Deuxième page.

16 Juillet. 6H30.


_____« Elle court... Elle court à en perdre haleine ... Elle entend toujours le souffle rauque et sent toujours cette odeur ... L'odeur du froid... L'odeur de la mort... Elle hurle. Elle ne veut pas mourir , pas déjà. Ses cris déchirent la nuit , mais seules les étoiles l'entendent. Si seulement David était là... »

_____Les yeux de Karence s'ouvrirent, mais se refermèrent aussitôt. « Merde. ». Elle avait oublié de fermer les volets hier soir. La lumière aveuglante la rassura « Ce n'était qu'un cauchemar... ». Même si c'était le 6° cauchemar de ce genre qu'elle faisait depuis son arrivée. « Mais bon, ça me le fait à chaque déménagement. Ca va passer. » Oui mais quand ? « C'est pas la question. Maintenant, il faut se rendormir. Il est trop tôt.»

7H14
_____« Dans les bras de David j'aurais réussi à dormir.» « ARRÊTE DE PENSER A LUI PUTAIN ! C'est fini de toute façon, rien ne le ramènera.» Elle se souvenait de l'histoire idyllique avec David. Elle se souvenait aussi de sa fin.


Biiip.Biiip.


__________- Allô ?
__________- David ? C'est Karence.
__________- Aah. Tu va bien mon c½ur ?
__________- Euh , ben ... Bref tu peux passer à la maison s'il te plait ?
__________- Oui je suis là dans un quart d'heure. A toutes je t'aime.
__________- Je t'aime aussi ...


_____Elle se souvenait , elle avait dit cette dernière phrase d'une voix tremblante. Il était arrivé. Elle lui avait expliqué. Elle partait a plusieurs heures d'ici. Leur relation ne pourrait pas continuer. Il avait compris. Il avait été déçu. Ils avaient profiter des dernières heures ensembles....



_____Karence était lovée contre David. Ils étaient dans le lit de Karence.

__________- Alors c'est notre dernier moment ensemble ?

Karence c'était durci. Son c½ur c'est serré. Elle n'a rien dit. David c'était un peu plus serré contre elle.

__________- Je ne regrette rien de ce qui c'est passé entre nous. Jamais je ne t'oublierai , crois moi. Un chat sauvage sa laisse des traces...

_____Il avait dit ça en souriant , mais ça n'a pas empêché Karence de pleurer toutes les larmes de son corps. Elle ne voulait pas le quitter ... Il n'était pas parfait , bien sûr , mais David était une personne incroyable. Elle l'avait rencontrée à une fête , chez Laurence.




_____Laurence était venue la chercher chez elle . Karence était un peu stressée , elle ne connaissait quasiment personne. Mais Laurence , avec qui elle avait vite sympathisé l'avait rassuré.

__________- Ne t'inquiète pas , t'es là pour faire des rencontres ! Et puis tu est tellement sociable que tout le monde va t'adorer.

_____Karence avait rougi. Ensembles elles étaient aller préparer la fête. Puis les invités arrivèrent. David était l'un des derniers. Il était magnifique. Il avait 17 ans , les yeux gris , les cheveux brun mi-longs , avec cette mèche qui lui tombaient tout le temps sur le visage. Ils avaient flirté , sans aller plus loin au début de la soirée. Puis elle était parti au toilettes. Mais ce n'était qu'une excuse : elle voulait juste se retrouver à l'écart de la fête , avec David. Et elle avait réussi. Il l'avait suivi. Elle était dans un couloir sombre quand elle senti un bras entourer doucement sa taille. Elle sentit son c½ur s'emballer. Il l'embrassait dans le cou en murmurant " A quoi tu joues ? ". Elle avait répondue d'une voix suave qu'elle ne savait pas. Elle c'était retournée , il la regardait dans les yeux. Il la plaqua doucement contre le mur puis ce mit à l'embrasser, de plus en plus intensément. Ils étaient partis chez lui. La plus belle nuit de sa vie.



_____Karence gémit dans le matelas à même le sol qui lui servait de lit. Ce remémorer ses souvenirs lui serraient le c½ur. Elle se rendormit sur son oreiller trempé de larmes.
# Posté le jeudi 10 juillet 2008 14:58
Modifié le jeudi 07 août 2008 15:54

Troisième page.

25 Juillet.15H36

_____Karence ère dans la maison aux allures de château. Depuis qu'elle est arrivée ici , la belle peroxydée sombre progressivement dans une léthargie profonde. Elle ne cherche pas a sortir , elle ne cherche pas à s'activer. Depuis plus de 10 jours les volets n'ont pas été ouverts. Les cheveux gras , un T-shirt douteux et le regard éteint, Karence se laisse complètement aller. Elle mange n'importe quoi à n'importe quelle heure. Parfois , pendant des heures elle reste assise dans une des nombreuses pièces non aménagées , a laisser son esprit dériver et regarder les mouches voler.

_____Aujourd'hui , on pourrait dire ironiquement que le programme a changé. Un pot de nutella dans une main , une cuillère dans l'autre , une brique de lait pas forcément très bonne a ces pieds , Karence est avachie sur un vieux canapé qui a connu bien des choses , en train de s'abrutir devant les croûtes télévisuelles.La petite partie de son esprit qui se rendait compte de l'urgence de la situation avait fini par poser les armes. Elle ne faisait que se désoler d'en être arrivé là.


12 Août. 11H18
_____ Karence entend la lourde porte d'entrée claquer. « Oh oh » Hier , elle c'est endormi devant la télé. le paquet de chips défraichies est encore dans sa main. Dans sa situation, elle avait oublier que ces parents travaillaient peut être , mais ils étaient quand même là. « Ca va chier. »


- Putain c'est quoi cette odeur !

















- KAREENCEEEE !


« Oups. »



# Posté le lundi 14 juillet 2008 18:18
Modifié le jeudi 07 août 2008 15:54

Quatrième page.

12 Août.11H18

Alex.

_____ Un homme de 38 ans se tenait dans le salon d'une saleté innommable. Brun, les traits fins creusés par le stress, la fatigue, les yeux gris, des lunettes. 1m86 d'organisation, de rire, de calme, de colère. Alex ne savait que dire. Au fond de lui, il n'avait pas été très favorable à déménager encore une fois. Il pensait à sa fille unique, qui avait construit une vie stable en Lozère. Mais sa femme, qui savait y faire après 18 ans de vie commune l'avait convaincu. Maintenant, il se rendait compte de son erreur. « Mais qui aurait l'envie de s'activer dans un endroit inconnu, seul, abandonné ? » C'était la partie la plus tendre de son esprit qui parlait. Sa partie froide et insensible, forgée par une enfance difficile, riposta aussi sec : « Peut être, mais elle a 16 ans. Elle doit apprendre à se débrouiller dans n'importe quelle situation. »


Karence

_____Karence regardait son père, indifférente, léthargique, éc½urée. Cela faisait exactement 18 jours qu'elle était seule, coupée du monde, sans communication avec l'extérieur. Dans les premiers jours, elle avait hurlé sa fureur, avait tapé contre les murs, pleuré de colère ses parents égoïste et sa situation minable. Puis elle c'est calmée. Un état comateux c'est emparée de corps, son esprit c'est retrouvé emprisonné dans une brume léthargique, elle avait commencé à errer dans la maison, les yeux dans le vague. Elle avait commencé à manger n'importe quoi, à n'importe quelle heure. Karence était devenue un fantôme aux cheveux gras, les yeux cernés et des kilos en trop. Au début, elle avait imaginé la scène où elle expliquerait a ses parents, où elle hurlerait son mal être. Mais progressivement, toute idée l'avait quitté. Aujourd'hui, devant la scène tant de fois imaginée, elle restait silencieuse, vide.


Alex.

_____Il ne savait que dire. L'état de sa fille en venait à lui faire pitié. Mais son regard se durcit. « Une personne responsable ne peut se laisser aller comme ça. ». Il sentit une colère muette monter, une colère contre lui, une colère contre son travail, une colère contre sa femme , une colère contre sa fille... Une colère assez injustifiée en fait. Son regard se durci, ses lèvres se crispèrent, ses poings se fermèrent.


_____L'atmosphère puante du salon ressentit le changement. Mais Karence elle, n'avait pas bougé. Son regard de poupée vide ciblé sur son père ne reflétait aucun sentiment. A la longue, sa mit Alex mal à l'aise.



- Karence ...
- Alex.
- Ecoute ....
- Non. Toi écoute moi.

_____Alex sentit son c½ur ( et ses fesses ) se serrer. Sa fille avait une voix égale , indifférente , fatiguée. Mais Alex sentait le cataclysme arriver. Karence en avait gros sur le c½ur , et son père allait subir ses 18 jours de solitude , ses 18 jours de colère , ses 18 jours de paranoïa , ses 18 jours de larmes.

Karence commença a parler de cette voix qui en fin de compte , faisait peur.

- Cela fait exactement 18 jours que je suis seule dans cette foutue baraque. Quand vous avez commencez avec Maman me montrer cette putain de maison , j'ai su que 2 semaines ou 3 plus tard , St Pierre le Vieux * et moi , c'était fini. J'm'étais trompée. On est parti 4 semaines plus tard . Quelle ironie ....

Pour Alex , c'était pire que si Karence hurlait sa colère.

- .... Et j'ai tout perdu. J'ai perdu la seule situation qui semblait ressembler a celle de n'importe qui. J'ai perdu une personne pas loin d'être parfaite. Beaucoup de personnes en or , dont une meilleure amie. J'ai perdu des repères , j'ai perdu un village tranquille , j'ai perdu une troupe de théâtre extraordinaire, j'ai perdu la Baïart boutik' , j'ai perdu La Cabane. J'ai perdu tout ça pour quoi ? Pour encore une de vos foutus folies. Pour aller dans cette maison que vous où vous passerez une nuit que 3 fois de l'an. Vous n'êtes franchement que des égoïstes. Votre travail vous bouffe la vie à toi et maman , et c'est à peine si vous vous souvenez comment je m'appelle ... Remarque , vu mon prénom ... * Rire sans joie * Bref , je ne m'attarde pas sur le sujet. J'ai déjà piqué ma crise sur ce sujet là , et puis ça ne sert à rien , ce que je te dit dans 2 semaines tu l'aura oublié , j'te connais ... " T'as des choses plus importantes a retenir". Et ne prends pas cet air effaré , ça j'l'ai pas inventé. J'avait 9 ans , tu rentrait après 4 jours de voyage d'affaires. Tu étais énervé , ça c'était mal passé. Mais moi , j'étais heureuse , très heureuse. Ma nounou m'avait emmené au parc , et en rentrant elle m'avait acheté une peluche. Un nounours comme les autres , mais pour moi , c'était le plus bel objet du monde. Pourquoi ? Parce que c'était le premier geste d'affection ou d'attention que j'avais reçu. Quand tu est rentrée , je t'ai sauté dans les bras ( Ou plutôt je t'ai cogné les genoux , j'étais petite , tu est grand. ) et je t'ai hurlé cette simple phrase qui voulait tout dire pour moi à cette époque : « J'ai un nounours ! Il s'appelle Bob , tu l'oubliera pas hein !». Mais tu ne m'as même pas regardé. Tu m'as détaché de toi d'un coup de jambe et m'a dit d'une voix énervée : « J'ai des choses plus importantes a retenir. » Et à ce moment là , ma joie enfantine , mon monde naïf de petite gamine de 9 ans c'est effondré. Avant ce jour là , j'étais une enfant immature qui ne voyait pas le monde comme il l'était. Je jouais aux barbies , je faisait des dessins. Mais depuis , ce jour , j'ai grandi d'un coup. Je ne faisait plus rien. Je passait mes heures devant la télé. Les dessins animés ? Non , les infos. Pour voir le monde tel qu'il était. La guerre , les meurtres , la famine , la politique , les viols-pédophilies-racket-vols-attentats , l'argent au sommet... A 9 ans , j'ai pris conscience que mon monde souffrait. Que lentement , il sombrait et ne pouvait remonter. A 9 ans , j'ai commencé a me renfermer. J'ai perdu toute communication. Je faisait peur aux autres gamins , et ma nounou a commencé a se plaindre de mon comportement , et vous m'avez envoyé chez un psy. Jusqu'a 11 ans , le psy c'est occupé de moi , m'a aidé a ne pas tomber en dépression. Je suis redevenue progressivement une personne " Normale ". A 12 ans , j'avait tout enfoui dans mon esprit cette période catastrophiques .E t je devenait une jeune fille insouciante.

_____ Alex était sidéré. Il avait été aussi peu attentif envers sa fille que ça ? Il avait honte. Extrêmement honte. Ses joues lui brûlait et il regardait ses pieds , comme un écolier pris en faute. Il ne se souvenait plus de cet épisode. Mais Karence était en train de déballer 16 ans de révolte refoulée, 16 ans de solitude.

- Bref , je ne m'étends pas non plus sur ce sujet. Tu ne t'en souviens je présume ? Enfin , je disait que de toute façon , je ne t'intéressait pas. Tu est absorbé par ton boulot. Si je mourrais , ça ne changerai pas grand chose. à ta vie. Alors s'il te plait , s'il te plait, ne commence pas a me faire un sermon parce que j'ai osé pour une fois te montrer l'urgence de la situation. Sur ceux , fait ta vie , je fait ce qui pourrait être " La mienne ".

_____Karence se leva , regarda son père avec une pointe de mépris dans les yeux , puis partit dans une autre pièce.






* : St Pierre le Vieux est un village en Lozère.
# Posté le mercredi 16 juillet 2008 09:41
Modifié le jeudi 07 août 2008 15:55